Au programme de la matinée
L'IA et le numérique au quotidien des métiers.
Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, a ouvert la matinée en s'adressant à un secteur de 2,4 millions d'entreprises et 3,1 millions d'actifs. Son message : l'IA est déjà présente dans le quotidien des métiers et s'adapte à chacun d'eux. Elle automatise les tâches administratives, gère plannings et stocks, aide à développer la présence en ligne et la clientèle, et contribue à de meilleures conditions de travail. Pour se lancer, les artisans peuvent s'appuyer sur le programme Osez l'IA et ses plus de 600 ambassadeurs bénévoles, accessibles notamment via leur chambre de métiers, ainsi que sur le guide de cas d'usage de l'IA destiné aux artisans.
Notre-Dame de Paris, une aventure d'artisans.
Philippe Jost, président de l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, a rappelé que la cathédrale a été reconstruite par les efforts conjugués de près de 300 entreprises, PME et TPE. Pour lui, l'innovation ne remplace pas l'humain : elle crée un environnement qui rend le travail de la main plus sûr, plus efficace et plus réactif. Parmi ses exemples : le plomb de la flèche façonné en atelier sur un gabarit à l'échelle 1 en sapin, pour que les couvreurs travaillent plus vite et en sécurité ; une charpente taillée à la main grâce à un savoir-faire retrouvé par une PME de charpentiers, Ateliers Perrault; des fermes assemblées en amont et acheminées par la Seine ; un petit logiciel pour coordonner les grues du chantier ; des infrastructures de chantier (vestiaires, stockage) gérées en direct pour que chaque entreprise se concentre sur son métier.
Des solutions concrètes présentées par des duos d'innovateurs et d'artisans. Quatre témoignages ont illustré une même idée, la technologie au service du geste :
- Le tempéreur de chocolat Statice. Conçu et fabriqué à Besançon après quatre ans de développement, il maintient le beurre de cacao à bonne température. Un maître artisan pâtissier en a détaillé les atouts : un temps de travail du chocolat plus long, une conservation prolongée de quelques semaines, une réduction possible du sucre dans les recettes. La machine complète le geste et se découvre dès la formation.
- Le faîtage prédécoupé CO-ZI®. Entreprise familiale de couverture, huit générations, CO-ZI® découpe les arêtiers en atelier plutôt que sur le toit, avec à la clé moins de risques de coupure et de chute, moins de poussières et un chantier plus rapide. Son dirigeant a aussi partagé son parcours : une idée née en 2013, un premier chantier à retravailler, puis l'industrialisation avec l'appui de la CMA, de l'agence de développement et de la Région.
- La création textile et l'impression 3D. Marion Chopineau, créatrice textile, et Alexandre Carpentier (Stereoleap) ont présenté un bioplastique 100 % végétal à base de miscanthus, façonné grâce à des moules imprimés en 3D. Les moulages restent faits main : le numérique ouvre des formes nouvelles et le geste leur donne vie. Les deux artisans se sont rencontrés sur un salon, preuve que les bonnes collaborations naissent du terrain.
- Le rétrofit électrique de véhicules utilitaires. Qinomic, avec le témoignage de NGE, propose de changer l'énergie d'un véhicule plutôt que le véhicule, en conservant les aménagements des artisans.
Comment rendre l'innovation accessible à tous les artisans ?
La table ronde, avec Céline Braun (Mekago), Patrick Chemin (Compagnons du Devoir), Nicolas Cousin (CMAR Centre-Val de Loire), Valérie Copin (COPLOMB) et Anne Jeannolin (CAPEB Savoie), a mis en avant plusieurs clés : partir du besoin du terrain, comme cette start-up qui a passé des journées chez des garagistes avant de finaliser son outil ; s'appuyer sur les réseaux de proximité et les programmes d'innovation des organisations professionnelles ; encadrer l'usage de l'IA par une charte éthique pour qu'elle serve les métiers ; et utiliser le numérique pour rester compétitif tout en protégeant les savoir-faire. Côté CMA, l'accompagnement passe par la détection sur le terrain, un diagnostic numérique, des formations, des webinaires et des entretiens individuels. Les conseils de la fin tenaient en un mot : oser, échanger avec ses pairs et se rapprocher de sa chambre de métiers.
Plusieurs organisations ont prolongé les échanges. La CAPEB a rappelé qu'il ne faut pas opposer l'IA et le geste, le geste restant. Les représentants des métiers de bouche ont évoqué le fait maison, les gestes répétitifs et la valorisation des déchets. CMA France a souligné que l'intelligence de la main reste et que l'innovation permet de développer l'entreprise. La confédération de la boucherie-charcuterie-traiteurs a présenté une plateforme pédagogique destinée aux CFA, avec réalité virtuelle pour préparer les découpes avant l'entrée en atelier.
Une conclusion tournée vers l'action.
Le Ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, Serge Papin, a clôturé la matinée en rappelant que l'IA peut répondre au téléphone, rédiger un devis ou organiser un planning, afin de laisser l'artisan se consacrer à son métier.
Un réseau des CMA bien présent
Le réseau des Chambres de Métiers et de l'Artisanat s'est exprimé à travers deux stands et une intervention.
Le premier stand, consacré à l'intelligence artificielle et à la facturation électronique, était animé pour CMA France par deux chargées de missions de la CMA Île-de-France : Nolwenn Le Richomme (Coordinatrice numérique régionale et pilote du GT CAP 2027 dédié à l'intelligence artificielle) et Yasmina Font-Alba (chargée de missions facturation électronique). Elles ont accueilli artisans et partenaires pour répondre à leurs questions et présenter l'accompagnement du réseau.
Le second stand réunissait Artinov, un concours d’innovation porté par la CMA Auvergnes-Rhône-Alpes et le pôle étude d'implantation, représentés par la CMA Nouvelle-Aquitaine. Cette étude aide les porteurs de projet à choisir l'emplacement le plus adapté à leur activité artisanale ou commerciale.
Nicolas Cousin, de la CMA Centre-Val de Loire, a représenté le réseau lors de la table ronde.
Des innovations pensées pour le quotidien des artisans
Outre les témoignages sur scène, un espace d'exposition réunissait les solutions issues de l'appel à manifestation d'intérêt de la DGE : vingt solutions présentées et dix lauréats d'honneur, parmi lesquels des outils de gestion de chantier, de devis et de facturation, des équipements d'ergonomie et des parcours de formation en réalité virtuelle. Toutes partagent un même objectif : libérer du temps pour le geste, la relation client et le développement de l'entreprise.
Le guide IA pour les artisans
Le guide « Adoption de l'IA : fiches pratiques à destination des artisans » recense huit cas d'usage concrets et estime à deux à trois heures par semaine le temps que l'IA peut faire gagner. Il est téléchargeable gratuitement sur le site de la DGE.
Ce que cela change pour les artisans et les jeunes
Pour les entreprises artisanales, ces innovations ouvrent des possibilités d'organisation et de développement nouvelles : les professionnels accordent plus de temps aux gestes métiers et à la pérennité de leur entreprise, et moins de temps aux tâches administratives.
Pour les jeunes, elles confirment que les métiers de l'artisanat associent tradition et technologies. C'est la raison pour laquelle l'ensemble des établissements du réseau CMA Formation conservent un lien étroit avec les professionnels des secteurs auxquels ils forment pour créer des formations en phase avec les pratiques du métier, investir dans des outils modernes et adopter une pédagogie qui évolue avec les métiers.