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Lilya TAGMI : « La gestion des déchets est un levier de transition pour les entreprises »

Comment aider les entreprises à mieux gérer leurs déchets et à s'engager dans une démarche plus responsable ? Lilya Tagmi, chargée de mission entreprises et économie responsable à la Communauté d'Agglomération Paris-Vallée de la Marne, présente les enjeux du territoire, les freins identifiés et les solutions développées en partenariat avec la CMA Île-de-France.

visuel environnement

1. Pourquoi la gestion des déchets est-elle aujourd’hui un enjeu stratégique pour les entreprises du territoire ?

Lilya : La gestion des déchets constitue aujourd’hui un enjeu stratégique pour les entreprises à plusieurs niveaux : environnemental, économique et réglementaire.

En France, 64 millions de tonnes de déchets d’activités économiques hors secteur du BTP ont été produites en 2020, dont 18,2 millions de tonnes par le secteur tertiaire (source : La librairie ADEME - Déchets chiffres-clés : L'essentiel Édition 2024). Au-delà de leur impact environnemental, les déchets représentent également un enjeu économique pour les entreprises : hausse des coûts de collecte et de traitement, surconsommation de matières, ou encore perte de valeur liée à des ressources qui pourraient être réemployées ou valorisées.

La gestion des déchets constitue également un enjeu réglementaire, avec un cadre qui évolue et se renforce progressivement. Les entreprises doivent notamment prendre en compte les obligations relatives au tri à la source, aux filières à responsabilité élargie du producteur (REP) ou encore à la traçabilité de certains déchets.

La mise en place d’une démarche de gestion des déchets peut ainsi permettre aux entreprises de réduire certains coûts, de limiter leur consommation de ressources, d’anticiper les évolutions réglementaires et d’améliorer leurs pratiques. 

2. La CAPVM et la CMA IDF 77 accompagnent les entreprises sur ces sujets. En quoi ce partenariat est-il complémentaire ?

Lilya : La CAPVM joue un rôle d’animation et de sensibilisation du tissu économique sur les enjeux liés au développement durable, à la RSE et à l’économie sociale et solidaire. La gestion des déchets fait pleinement partie de ces enjeux et constitue une problématique régulièrement remontée par les entreprises du territoire.

À travers les Cafés de l’Économie responsable et d’autres actions d’animation, l’Agglomération permet notamment aux entreprises de se rencontrer, de partager leurs expériences, de faire émerger des idées et d’accéder à un premier niveau d’information sur les solutions existantes. Elle peut également intervenir sur certaines problématiques relevant de ses compétences, notamment en matière de dépôts sauvages.

Pour répondre aux besoins nécessitant un accompagnement plus approfondi et personnalisé, l’Agglomération s’appuie sur ses partenaires spécialisés, comme la CMA Île-de-France. Celle-ci peut notamment apporter son expertise aux entreprises et les accompagner dans la mise en œuvre concrète de solutions adaptées à leur activité.

Ce partenariat permet ainsi de combiner l’action territoriale de l’Agglomération en matière d’animation, de sensibilisation et de mise en relation avec l’expertise et l’accompagnement opérationnel de la CMA.

3. Lors du Café de l’Économie responsable, quels ont été les principaux défis et attentes exprimés par les participants ?

Lilya : Les échanges avec les entreprises ont fait ressortir plusieurs difficultés très concrètes liées à la gestion des déchets.

Parmi elles figurent le manque de temps, la difficulté à identifier les interlocuteurs et les solutions disponibles localement, ainsi que des contraintes liées aux modalités de collecte : fréquences parfois inadaptées aux volumes produits ou encore manque d’espace disponible pour stocker les déchets.

Les participants ont également fait part de leurs besoins concernant l’accès à des solutions de réemploi, aux déchetteries locales et à des solutions de recyclage. La question de la disponibilité de locaux a notamment été évoquée pour permettre le développement d’activités de réemploi et de recyclage, avec un potentiel de création d’emplois sur le territoire.

Certains flux restent par ailleurs particulièrement complexes à valoriser, notamment les flux liquides, tandis que le coût de gestion des déchets constitue également un frein pour certaines entreprises.

Ces échanges permettent de mieux identifier les besoins et les difficultés rencontrés par les entreprises du territoire. Ils mettent également en lumière l’importance de mieux faire connaître les acteurs et les solutions existantes, de favoriser les mises en relation et de poursuivre le travail partenarial afin d’accompagner progressivement les entreprises dans leurs démarches.

4. Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui souhaite se lancer dans une démarche de réduction de ses déchets mais ne sait pas par où commencer ?

Lilya : Dans un premier temps, l’entreprise peut commencer par identifier les déchets qu’elle produit, leurs volumes, leur origine et les possibilités de réduction, de réemploi ou de valorisation.

La mutualisation peut également constituer une piste intéressante, notamment entre entreprises situées à proximité, pour certaines solutions de collecte ou de valorisation. Elle reste toutefois difficile à mettre en place concrètement : elle suppose de faire coïncider les besoins, les volumes, les contraintes et les calendriers de plusieurs entreprises. C’est une piste que nous avons notamment évoquée avec les entreprises du territoire, tout en constatant qu’elle nécessite un véritable travail de mise en relation et de coordination.

Il est également important de considérer la gestion des déchets dès l’amont, en questionnant ses achats, ses produits et ses pratiques afin de réduire les déchets produits plutôt que de se limiter à leur traitement une fois qu’ils sont générés.

Plusieurs pistes concrètes ont d’ailleurs été évoquées lors du Café : 

  • faire appel à des structures de l’ESS ou à des structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) pour certaines prestations de collecte ou de valorisation, notamment les biodéchets ;

  • donner certains produits ou fournitures à des associations ou des établissements scolaires ;

  • se rapprocher de recycleries et de ressourceries pour les flux qu’elles sont en mesure de prendre en charge.

La gestion des déchets peut également être intégrée à une démarche environnementale plus globale, par exemple dans le cadre d’une analyse de l’empreinte carbone de l’entreprise, afin d’identifier les principaux postes d’impact et les leviers d’action.

Enfin, il est possible d’avancer progressivement, en commençant par quelques actions concrètes et adaptées à l’activité et aux moyens de l’entreprise.

Pour clôturer l’interview, y a-t-il des projets ou actions portés conjointement par la CAPVM et la CMA de prévus ?

Lilya : Nous poursuivons notre collaboration afin de continuer à accompagner les entreprises du territoire dans leur transition écologique et, plus largement, sur les différents enjeux liés à l’économie responsable.

L’objectif est de poursuivre nos actions complémentaires, notamment à travers des temps de sensibilisation, d’information et d’échange, tout en continuant à orienter les entreprises et les porteurs de projets vers les dispositifs et les acteurs les plus adaptés à leurs besoins.

Cette complémentarité entre l’Agglomération et la CMA permet ainsi de proposer aux entreprises un accompagnement qui combine sensibilisation, mise en réseau et expertise opérationnelle.